Miss Aline, c’est ainsi que m’appelle ma maman Jolie depuis que je suis toute petite.
Cette dernière a ouvert Couleurs d’Afrique en 1994, c’était au départ un petit magasin en bois sous tôle, établi dans le jardin de notre maison à la Réunion. J’avais 3 ans à l’époque, ça lui permettait de pouvoir travailler tout en gardant un œil sur mes 2 grands frères et moi.

Dans ce magasin, maman Jolie faisait de la coiffure africaine (tresses et tissages), de la vente d’artisanat et de vêtements qu’elle achetait en Afrique lors de ses voyages avec mon père, et de la couture. Il n’y avait pas encore véritablement de marque « Couleurs d’Afrique », mais l’enseigne gagnait déjà une bonne réputation auprès de sa clientèle.

Les années ont passé et l’entreprise de ma mère prospérait tranquillement. Elle s’établit en 2005 dans un local plus professionnel, hors de notre domicile.
Quant à moi, je ne me destinais pas du tout à travailler avec elle. En 2008 avec mon bac littéraire en poche, je débute 3 années de fac de lettres et de droit, avant de me rendre compte que rien ne me plaisait véritablement et de finalement me diriger vers le métier d’hôtesse de l’air. J’obtins mon certificat en 2012 à Nanterre et je me préparais à travailler pour une compagnie internationale.
Mais c’est cette année-là que nos vies ont basculé. 

Maman Jolie m’a appelée un matin, mon père avait un cancer, ils avaient besoin d’aide. J’ai pris le premier billet pour mon île natale, la Réunion, pour pouvoir les épauler dans cette épreuve difficile. Ma mère a arrêté d’aller travailler et était au chevet de mon père 7j/7, elle avait même un lit de camp pour rester à l’hôpital la nuit. Moi je faisais des aller-retours chaque jours entre la maison et l’hôpital, je leur ramenais du linge propre, d’ autres petites courses mais surtout tout mon amour et toute ma force.

Deux ans plus tard, mon père nous a quittés. Il était l’amour de la vie de ma mère, et bien qu’elle soit une personne très forte, elle s’est effondrée. J’ai, dès lors, tout fait pour être le pilier sur lequel elle allait pouvoir s’appuyer. Ça a été la période la plus dure mais aussi la plus vraie de ma vie. Tout ce qu’on vivait était essentiel et d’un amour sans limite. Ma mère m’a enseigné sans le savoir ce qu’est l’Amour. Mon père m’a enseigné sans le savoir ce qu’est le courage.

Mais pendant ce temps Couleurs d’Afrique coulait et maman Jolie a eu envie de vendre l’entreprise. Je m’y suis opposée. Cette boîte, c’était comme son 4ème enfant, elle y avait consacré plus de 20 ans de sa vie, je sentais que c’était une erreur.  Alors sans trop réfléchir, j’ai ouvert une page facebook à Couleurs d’Afrique sur laquelle j’ai commencé à partager tous les trésors accumulés dans le magasin. Quand ma mère a repris un peu de courage et s’est remise à faire des coiffures, je les prenais en photo pour les publier également sur notre page. Le public a été au rdv et de plus en plus de nouveaux clients se sont mis à s’intéresser à nous, c’était juste.. magique. 

J’ai repris la gestion du magasin, je n’y connaissais rien mais j’ai appris sur le tas. J’ai commencé à m’intéresser à la com et au marketing également. C’était juste du feeling la plupart du temps, mais ça me passionnait, ça vibrait en moi, j’ai senti que j’étais exactement là où je devais être. Autre chose, j’ai toujours adoré dessiner des vêtements, et ce depuis toute petite. Tous mes cahiers d’école, depuis la maternelle jusqu’à la fac, étaient plein de dessins de femmes arborant des vêtements des plus discrets aux plus exubérants. Alors on a décidé de se lancer dans nos propres modèles, notre propre marque de vêtements Couleurs d’Afrique. Ma mère étant une femme de goût, nous n’avons douté à aucun moment, nous allions former une super équipe. 

Maman Jolie étant camerounaise, c’est tout naturellement que nous avons cherché au Cameroun des couturières pour assembler nos collections. Après y avoir trouvé une équipe compétente et motivée, nous nous sommes rendu compte que si nous fournissions les efforts nécessaires et que nos collections marchaient bien, nous allions pouvoir aider les nombreuses familles de nos couturières à sortir de la misère.
Alors nous avons également cherché une équipe à Madagascar, puis en Ethiopie, puis au Kenya (nous allions sur place avec nos sac à dos plein de tissus pour tester les couturières rencontrées « au hasard », une sacrée aventure!)

Aujourd’hui nous avons des équipes de couturières bien organisées dans tous ces pays. Nous sommes heureuses de leur donner du travail et de les rémunérer très correctement, afin de leur offrir de meilleures perspectives de vie ♥
A travers ma com, j’essaie également de partager mon amour de la vie avec notre public. Toutes les femmes sont belles, tous les hommes sont beaux, nous n’avons pas à avoir honte de nos corps, nous n’avons pas à vivre en ayant peur du regard des autres, l’essentiel étant d’être en adéquation avec nos cœurs. Nous construisons le monde décomplexé de demain.

Merci d’avoir lu notre histoire, je vous envoie mes ondes les plus positives,  
Miss Aline.